Premières expérimentations et perspectives autour de l’utilisation du réseau social Google+ (Google Plus) en enseignement

Google+, le nouveau réseau social proposé par Google, a été lancé en version bêta le mardi 28 juin. J’ai eu la chance d’être rapidement invité à tester le service, par l’entremise d’étudiants qui y étaient déjà inscrits. Voilà donc trois semaines maintenant que j’expérimente cette nouvelle expérience sociale. Aperçu des usages que nous expérimentons d’ores et déjà en pédagogie (et ce, même – et surtout – si nos étudiants sont désormais tous partis en stages !).

L’originalité majeure de Google+ par rapport à bien des réseaux sociaux existants (Facebook, Viadeo, LinkedIn, etc.) est la suivante : il n’est pas nécessaire d’avoir des relations mutuelles (« je suis ton ami, tu es mon ami« ) avec les personnes que l’on suit, ou qui nous suive. Un élève peut tout à fait suivre le flux d’information d’un enseignant sans que ce dernier n’accède à ses données personnelles. La question « faut-il être ami Facebook avec ses étudiants ? » n’a ainsi pas lieu d’être dans le cas de Google+.

Google+ permet de gérer très facilement ses contacts, de les classer dans un ou plusieurs cercles, et ainsi de leur diffuser une information ciblée.

Google+ permet de gérer très facilement ses contacts, de les classer dans un ou plusieurs cercles, et ainsi de leur diffuser une information ciblée.

Si Google+ n’est pas encore officiellement lancé, sa version bêta a d’ores et déjà réuni près de 20 millions d’utilisateurs. Preuve que la sauce prend et que le site est bien parti pour faire une percée dans le secteur des réseaux sociaux.

Même sans avoir atteint sa version finale, l’outil s’avère très agréable d’utilisation. Épuré, il permet de créer très facilement des « cercles« , autrement dit des ensembles de personnes avec lesquelles on va pouvoir partager telle ou telle information, et ainsi renforcer les interactions entre les personnes.

Grâce à Google+, il est possible de sélectionner les flux d'information que l'on souhaite lire, en fonction de ses envies et besoins du moment. Ici, j'affiche le flux des éléments mis en ligne uniquement par des anciens de l'école.

Grâce à Google+, il est possible de sélectionner les flux d'information que l'on souhaite lire, en fonction de ses envies et besoins du moment. Ici, j'affiche le flux des éléments mis en ligne uniquement par des anciens de l'école.

Du côté de Centrale Nantes, nous avons d’ores et déjà mis en pratique cette fonctionnalité. C’est ainsi que Christine Evain – responsable de la filière « Webstrategies and development » – et moi avons chacun créé un cercle constitué des élèves-ingénieurs qui ont suivi la filière. Nous avons ainsi pu leur délivrer certaines informations spécifiques, comme des annonces d’événements autour du web ou des liens vers des conférences visibles en ligne. Il est ainsi possible de continuer à faire vivre le cours, bien au-delà de la fin du cursus, comme nous l’avons déjà expérimenté grâce à Twitter. Évidemment, il est possible de partager des informations à plusieurs cercles, jusqu’à un accès totalement public, en fonction de la cible visée. Et les étudiants peuvent, à leur tour, prendre le parti de partager ces informations à leurs propres cercles, prolongeant ainsi la diffusion.

Cerise sur le gâteau, les utilisateurs peuvent consulter et intervenir sur Google+ via non seulement un ordinateur, mais aussi un smartphone ou une tablette numérique : soit par le site web, soit par des applications disponibles depuis peu, tant sur iPhone/iOS que sur Android.

Quel est l’intérêt de Google+ par rapport aux autres réseaux ? En quelques mots : une grande facilité d’accès et de ciblage de l’information délivrée. Et aucune contrainte en termes de nombre de caractères (force – et limite ! – de Twitter, comme de Facebook).

Il existe déjà des guides très pertinents pour prendre en main Google+ et réfléchir à la pratique la plus adaptée à ses besoins. Ainsi, je conseille vivement la lecture des deux documents ci-dessous, préparés par Ahmed Zeeshan :

Enfin, pour mieux comprendre les enjeux derrière Google+, j’ai beaucoup apprécié l’article de Tom Anderson (co-fondateur de MySpace), « Is social in Google’s DNA?« , papier que je recommande.

Christine Evain, responsable de la filière Webstrategies and development, utilise Google+ pour maintenir le contact avec les élèves au-delà de leur cursus et de leur diplôme !

Christine Evain, responsable de la filière Webstrategies and development, utilise Google+ pour maintenir le contact avec les élèves au-delà de leur cursus et de leur diplôme !

À ce stade, il est important de noter que Google+ ne permet pas encore aux entreprises/institutions de créer une page. Le modèle nécessite en effet d’être rôdé, et Google préfère se focaliser sur les personnes physiques avant d’ouvrir le service plus largement. Certains s’amusent à détourner le service et à constituer un profil « de marque »… un effort condamné à l’échec, car Google finit par désactiver ce type de page. De fait, pour les Écoles et les Universités comme pour les entreprises, la conduite la plus sage paraît :

  • d’une part, de maintenir une veille individuelle au sujet de Google+, suivre l’évolution du réseau et des types d’interactions entre les personnes, de manière à être « prêts » le jour où les pages pour les personnes morales seront activées ;
  • d’autre part, d’identifier une personne dans l’institution qui puisse jouer le rôle de « représentant » sur le réseau, et qui puisse ainsi canaliser les interactions autour de la marque. Ce conseil provient d’ailleurs d’un des responsables de Google+, l’entreprise américaine agissant d’ailleurs selon ce même précepte.

Terminons en évoquant une fonctionnalité encore méconnue de Google+, mais qui peut s’avérer particulièrement pertinente dans le contexte de l’enseignement : les vidéo-bulles (hang-out) de Google+ consistent à créer des sessions de discussion en vidéo (ou non), que toutes les personnes d’un (ou plusieurs) cercle(s) peuvent rejoindre.

Dans le domaine amical, on imagine de suite les possibilités : au lieu de chatter sur MSN, on lance une session vidéo-bulle via Google+ et on invite d’autres personnes à la rejoindre.

Dans le secteur de l’ enseignement, le principe des vidéo-bulles permettent de créer des sessions « à la volée » de compléments de cours. Par exemple, avant un examen, l’enseignant peut proposer 15 minutes durant lesquelles il répondra aux questions des étudiants. Si les élèves n’ont plus à se déplacer physiquement jusqu’au bureau du prof, seront-ils plus nombreux à poser des questions ? Sans doute.

Principales limites actuelles : l’éventuelle confidentialité des échanges » (qu’en dira le Haut Fonctionnaire à la Défense, le même qui n’avait pas aimé l’opacité de Skype ?) et la limitation à 10 personnes simultanées dans la même session vidéo-bulle. J’imagine d’ores et déjà mes étudiants de tronc commun (jusqu’à 370 élèves) « faire la queue virtuelle » pour me poser des questions !

J’ai eu l’occasion de tester ces vidéo-bulles, et mes premières impressions sont les suivantes :

  • l’interface est très facile d’accès, permettant à un large public de la prendre en main très rapidement ;
  • c’est donc la porte ouverte à des visio-conférences à plusieurs de manière très simple, sans installer de logiciel sur sa machine (sous réserve d’avoir installé le plug-in adéquat) ;
  • l’application comporte, en plus de la visio-conférence, une fenêtre de chat textuel dans laquelle tous les participants peuvent partager des informations. Cet élément est utile pour permettre à deux participants d’échanger des éléments complémentaires en marge de la discussion principale et/ou relancer la discussion sur un thème donnée. On peut imaginer ainsi rappeler les grandes phases d’une réunion. Pour un usage optimal en enseignement, il ne reste plus qu’à espérer l’intégration prochaine d’un espace « tableau blanc »/de partage de documents.
  • l’intégration de YouTube est une bonne idée, mais potentiellement génératrice de confusion si chacun s’amuse à diffuser la vidéo qui lui chante.

Il convient donc, pour un usage professionnel :

  • de proposer un fil conducteur à l’échange ;
  • d’être assez bien organisé et, en général, qu’une personne se charge de l’animation de la discussion. Même si, évidemment, ce rôle peut passer d’une personne à l’autre pendant les échanges ;
  • d’être attentif à ce qui se dit sur le chat textuel, en marge de l’échange audio/vidéo.

Les enseignements reprennent dès le 2 septembre. Ce sera l’occasion d’expérimenter de nouveaux types d’interaction en présentiel via Google+. Mais, avant, nous allons pouvoir tester l’outil plus profondément et prolonger les premiers échanges que nous avons pu avoir sur le sujet avec nos étudiants de 2e et 3e année !

Google+ me permet de partager des compléments de cours à mes étudiants (et aux collègues éventuellement intéressés). Ceux-ci ont ensuite la possibilité de la diffuser à leurs propres cercles (comme cela a été le cas sur cet exemple, par un collègue professeur à l'Université de Nantes et un de mes étudiants) : la viralité de l'information est donc partie intégrante du réseau social proposé par Google.

Google+ me permet de partager des compléments de cours à mes étudiants (et aux collègues éventuellement intéressés). Ceux-ci ont ensuite la possibilité de la diffuser à leurs propres cercles (comme cela a été le cas sur cet exemple, par un collègue professeur à l'Université de Nantes et un de mes étudiants) : la viralité de l'information est donc partie intégrante du réseau social proposé par Google.

About the Author

Morgan Magnin, PhD, is an associate professor at the Computer Science and Mathematics department of École Centrale de Nantes, a french top engineering school. His long-term interests for Information and Communication Technology applied to Education (which is called, in french, Technologies de l’information et de la Communication pour l'Enseignement - TICE) conducted him to be nominated as Project Manager of these fields at Centrale Nantes. He works for the Chief Information Officer (Guillaume Moreau) and the Head of Studies (Philippe Dépincé). He is co-lead of various projects involving ICT. The project "Most complex systems with simplest tools", that aims to improve pedagogical methods thanks to Tablet PC, is one of them.